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Le Voyage (pour les nouveaux only)

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domi - 417343lui écrire blog Publié le 04/03/2005 à 17:35 Demander à la modératrice de supprimer ce forum
Écrit en Août 1995. Quand j'ai le blues, j'écris. Bien sur, en amateur, et je ne suis pas un lettré puisque technicien, mais bon, seul le résultat compte dans la vie. II faut oser. Si l'on se trompe... On a essayé, c'est déjà cela.


Ce texte imaginaire, est un petit exercice destiné à passer quelques instants pour se distraire.
Il semble ludique et anodin, mais n'était que prévision de ce que vous vivez sans en avoir conscience, occupés par tant de petites choses qui font votre vie.
Par sa lecture, vous découvrirez un peu plus son auteur et ses chimères... Prémonitoires.

Bien qu'intemporel, il mêle le langage du 19ème et la vie du 21 ème siècle. (enfin, j'essaye!)

Eugène de Rastignac n'existe pas. Horace non plus, mais vous pourriez les rencontrer à votre table.
Il est recommandé, si la géographie n'est qu'un souvenir lointain de vos fugaces études, d'avoir un Globe Terrestre ou un Atlas à disposition pendant sa lecture.Le voyage n'en sera que plus réaliste. Pardonnez-moi mon style un peu fouillis.
Moi, j'adore le fouillis, comme la nature et ses forêts, où rien n'est rangé et tout en harmonie.

Chang-Hai le 22juillet 19XX
Après des jours et des jours de mer...

Mon cher Eugène,
Me voici bien reposé mon cousin, nous avons eu bonne mer, bien que dans le Golf du Lion, un petit grain nous valu quelques jours de roulis que Madame de Maufrigneuse n'aurait point apprécié.
Partis de Bordeaux voici déjà quatre semaines nous fîmes rapide escale à Vigo où j’ai acheté quelques bijoux de Tolède que ma maîtresse, cette friponne d’Aurélie affectionne tant. Elle sera j’espère de bonne humeur car me reproche de se languir pendant mes interminables voyages. Portez-lui des œufs et quelques volailles, elle vous recevra avec le plaisir des femmes en vous offrant de ce thé de Ceylan que vous aimez tant et dont il lui reste quelques bocaux forts gustatifs.

Nous avons bientôt croisé Gibraltar d’où j’aperçus la bannière de l’Union Jack flottant encore et toujours au vent. Le roi d’Espagne n’a toujours pas pu récupérer cette partie essentielle de son royaume confisqué voici plus de 200ans. Ces anglais sont partout !
Notre pauvre Monarque qui a tant de mal à conserver son île de Corse achetée à grand frais à ces rastaquouères Siciliens et lui coûtant bien des Louis d’or, ferait bien d’aller prendre les manières de ces anglois si fins au commerce de la diplomatie des hommes.
Nous filions douze nœuds presque tous les jours et cela en était grisant. Ces nouveaux vapeurs sont bien merveilleux. Quelle époque mon cousin, quelle époque ! Les poissons volants accompagnèrent hier très longtemps notre coque fendant l’eau avec majesté et je passais des heures à les regarder faire. La nature et les femmes me surprendront toujours.

Notre vapeur est une bien belle machine dont j'ai visité les entrailles.
Que de travail mon cousin ! Quel courage ont ces gens fermés céans jour et nuit à la tâche du charbon !
Je me disais en les regardant œuvrer, que si les amis du Monarque travaillaient autant dans les ministères... Que n'avancerions-nous !

Notre capitaine est un bien brave homme, mais son second fait filer doux l'équipage et le résultat est là. Grâce à ce travail et aussi il est vrai aux Alizés dont nous profitâmes. En moins de dix jours, nous relâchions à Port Elisabeth dans cette Afrique australe étrange et si loin de nous.
Nous fûmes bien reçus, car notre cargaison était attendue par force marchands venus chercher ces biens si précieux que seules nos manufactures réalisent. Il y avait aussi hélas, moultes canons et mousquetons de brigade. Notre capitaine a fait charger de l'Or et des diamants en échange, car ces Africains blancs en ont beaucoup et ne rechignent point à payer en Or toutes nos pacotilles, si précieuses pour eux.
Nul doute mon cousin, que ce pays tôt ou tard va être l'objet de toutes les convoitises... Mandalou, le Grand Guerrier Papou vient d'être libéré et va, (je viens juste de l'apprendre mon cher Eugène ! Et vous en livre la primeur) remplacer le Grand Vizir blanc qui surveille d'un peu trop près toutes ces richesses.

C'est une question de temps. Le grand Mandalou est bien vieux et bien déchiré par 20 ans de mise aux fers. Il sera plus facile avec lui, d'endoctriner les sauvages indigènes et de pouvoir ainsi mieux les voler!
Les Africains blancs ne semblent pas se résigner mais savent que leur temps est compté.
De n'avoir point voulu se mélanger, le pouvoir leur fut confisqué.

Le Grand Mamouchi des Amériques en a décidé ainsi et notre monarque n'ayant point d'aussi gros navires que lui, ne put bien sur s'y opposer.

Donc, notre réserve de charbon refaite, nous sommes repartis pour nos comptoirs lointains. Après avoir remonté à force vapeur le canal de Mozambique, Nous aperçûmes enfin le continent de Madagascar.
Notre escale de Malunga, à l'opposé de Tananarive m'a fait revoir cette île gigantesque magnifique d'où nous fûmes chassés voici bientôt 45 ans.

Je n'étais pas encore né, enfin si, mais je tétais encore le sein de ma mère! (nostalgie ) Mais mon aïeul m'avait tout raconté car dans sa jeunesse, lui aussi voyageait beaucoup. Las! Mon cousin, ces pauvres gens font pitié. Tout est à l'abandon. Nos belles machines rouillent dans l'indifférence générale et le peuple à faim chaque jour que Dieu fait !

L'un de mes serviteurs, resté sur place après la fermeture de nos comptoirs dans les années 60 me reconnu sur le quai, malgré tout ce temps écoulé et, les larmes aux yeux, me pressa de lui rendre visite afin de me présenter à sa famille et parler du bon vieux temps. Je ne pus qu'accepter.
Le bougre avait épousé une magnifique femme indigène que l'on dirait sortie de l'un de ces contes magiques où les tapis volent et les lampes emprisonnent des génies capricieux.
Bien que sa peau fut presque noire, ses cheveux de jais coulent jusque dans ses reins qu'elle a bien plantureux à souhait. La finesse de ses traits et son regard de biche aux yeux d'ébène m'ont tout simplement subjugué. Les huiles précieuses dont elle s'était oint sentaient le bois de Santal et la fleur d'oranger.
Je me surpris à envier mon ami. Sachant que je n'aurais jamais ce qu'il avait.
Dans ces contrées mon cher Rastignac, il y a de quoi succomber mille fois je vous l'assure et je compris le refus de ce serviteur de rentrer dans notre doulce France. Il a de bien beaux enfants tous biens formés, pétillants d'intelligence et de joie de vivre.

Je me disais qu'il fut bien triste que tant de trésors se gâchent sous ce soleil radieux.
Il a beaucoup parlé, prenant des nouvelles, rêvant de sa jeunesse et de l'époque heureuse où nous courrions sur les agrumes flottants dans le port, que nous chargions par centaines vers cette lointaine France pour en faire notre mobilier précieux.

Je lui ai expliqué qu'à présent, point de bois précieux n'était nécessaire pour faire buffet et mobilier. Juste un peu de grosse sciure et de la colle, le tout pressé vigoureusement et recouvert d'une fine lamelle de bois déroulé ! L'on pouvait ainsi rouler tout un chacun, en lui faisant prendre des vessies... Pour des lanternes !
Il ne voulut pas me croire. Je lui ai parlé de notre nouveau Monarque, Il m'a dit espérer refaire du commerce grâce à lui. Je ne l'ai point déçu, la vie est si courte mon cousin ! Si courte.

Il voulut absolument me montrer ses vanilliers en fleurs et nous montâmes dans ces nouveaux carrosses fonctionnant sans chevaux munis de grandes roues que nos précieuses ridicules affectionnent depuis quelque temps pour parader dans les rues de nos grandes villes et surtout à Lutece.
Ici, ce n’est point superflu mon cousin ! Nos belles routes d’antan que mon grand-oncle avait construit sont toutes à l’abandon et à peine éloignés du port, il fallut bien se cramponner car les multiples trous ballottaient notre équipage comme sur une mer particulièrement démontée.

Son carrosse est bien vieux, comme tout ce qui roule ici et ce fil de fer dont ils sont si friands est omniprésent pour maintenir l’équipage. J’en restais fort inquiet mais ma foi, notre périple n’eut point de mésaventure…
Sa propriété est fort bien entretenue et contraste beaucoup avec les alentours. Pour quelques sols par semaine, de magnifiques serviteurs au mieux de leur âge montent dans ces vanilliers et en prélèvent la fine poussière de pollen pour ensuite s’en aller féconder l’arbre juste à côté.
Comme je m’en étonnais, il m’expliqua que le petit Monarque qui siégeait ici un certain Rastaritarac ou quelque chose dans ce genre et qui rend visite de temps à autre notre monarque pour lui quémander quelques sols, n’était point de la taille de ceux qui réussissent. Il avait laissé faire des chimistes avaricieux venus d'on ne sait où et traité tant de plaines de cette poudre étrange pour tuer les moustiques infestant la contrée.

Las mon cousin, les moustiques résistèrent fort bien mais plus aucune abeille n’existe en ces lieux.
Ce drame donna toutefois un peu de ce trop rare travail existant encore dans cette île. Je lui ai réservé toute sa production de cette vanille si odorante dont nos pâtissiers sont si friands et j’espère mon cousin en retirer quelque bon profit. Je lui ai promis de lui faire livrer quelques ruches de notre belle Provence.
Elles devraient s’acclimater sans peine s’ils arrêtent leurs sottises.
Me voyant fort étonné de ne plus voir que des forêts squelettiques, il m’expliqua qu’ici, le pétrole lampant était devenu fort cher et que cette fée électricité pour nous tellement banale était distribuée si parcimonieusement que tous les habitants partaient dès le matin chercher quelques branchages pour faire leurs feux de cuisine !
Devant l’interdiction de couper du bois vif jamais respectée, ils faisaient mourir les arbres afin de s’en approprier le bois mort indispensable à leur vie domestique…
Il me regarda avec tristesse et je vis des larmes dans ces yeux, il me dit dans un souffle, "nous sommes revenus au moyen âge, Horace et n’y pouvons rien faire ici-bas." Je regardais ce désastre la gorge serrée et ne répondit rien. Les peuples ne sont rien, sans un chef véritable. Ceux ci sont si rares mon cousin, si rares.

Au petit matin, je regagnais le bord. Déjà, les mats de charge étaient à l'arrimage et la cheminée du vapeur crachait une fumée noire et épaisse. Notre capitaine et son second surveillaient la manœuvre du départ, la sirène mugit deux fois longuement et toutes les structures du vapeur tremblèrent sous l’effort, lentement et dans une forte écume, notre bateau repris sa course.
Une heure après, la grande île et mon ami n'étaient plus qu'un petit point à l'horizon.

Je me disais que justement nous pourrions peut-être tenter quelque chose, car ce pays est un fruit mûr...
Ils n'ont point oublié notre langue et un arrangement de fédération coopérante serait bien accepté de ce petit peuple livré à lui-même et sans espoir de futur. Qui, saura le croquer ? Du travail pour vingt ans mon cousin, du travail pour vingt ans, et bien de l'or à gagner en commerçant avec ces hindous juste en face... Mais il est sur qu'à la cour de Lutèce, les fils du peuple n'ont pas de ces désirs qui font qu'un pays est grand.
Nous restons donc petits mon cousin, si petits dans ce monde pourtant si prometteur, distribuant des diplômes à moultes inutiles, aussitôt parqués dans des petites officines dont sont remplies nos cages de verre et dont nous sommes si fiers. Quelle maladie sournoise mon cousin, Vivre cela n'est point une vraie vie.
J'en ai froid dans le dos parfois lorsque de retour dans la capitale je regarde tout cela.

Notre capitaine avait chargé son navire de toute l'eau douce et des victuailles que ses soutes pouvaient contenir, car il désirait piquer directement sur ce petit passage qui nous permet d'entrer dans la mer de Java et ne voulait aucune escale en ces eaux, infestées de requins et surtout de pirates !

Que ce fut long mon cher Eugène, que ce fut long ! Nos parties de criquet sur le pont, à l'aide de ces palets qui remplacent les boules de bois à cause du roulis, me semblaient interminables.
Les femmes, afin de ne point trop Hâler leur teint, restaient plutôt à l'intérieur jouant aux ramis ou tirant les lotos que ces Anglais aiment tant.
La chaleur et la moiteur de l'air m'irritaient, et vos bonbons des Vosges que j'avais emmenés avec moi, m'ont été d'un grand secours pour me rafraîchir. Heureusement, notre capitaine donnait grands bals tous les deux jours et dans la fraîcheur de la nuit, nous folâtrions un peu le long des coursives, bercés par la houle au son d’un orchestre bien agréable.

J’eus le privilège d’être invité en première classe par une petite Vénézuélienne qui se rendait dans les nouveaux territoires de Chine pour y commercer de ces herbes dont ils font le Maté, vous savez, cet étrange breuvage que tous ces Américains du sud affectionnent tout particulièrement et qui calme la douleur, rend robuste et bien portant mais que nous ne pratiquons guère.
Je l'avais abordée sur le roof arrière alors qu'elle se délectait d'un coucher de soleil embrasant l'horizon.
Mon ; "C'est magnifique n'est-ce pas ?" était d'un commun ne méritant pas même un regard, mais la demoiselle me regarda puis dans un sourire à peine esquissé me dit : Oui, et jé né m'en fatigué zamais. J’aurai bien été incapable de parler son espagnol du Venezuela comme son français et l'en félicitai, c'est comme cela mon cousin que nous sympathisâmes bientôt.

Ces lents voyages ou chacun doit s'occuper, pour se reposer en réfléchissant sur soit et un peu sur sa vie aussi me sont ma foi, indispensables. Déjà mon dernier voyage à St Petersbourg dans cet Orient Express crachotant et fumant m'avait beaucoup plut. Ces douze jours de sleeping bien qu'un peu long m'ont fait découvrir bien du monde fort intéressant mon cousin.
Je n'ai jamais compris cet immobilisme de la plupart de nos congénères. Ils se contentent de vivre pour manger. Que n'ai-je du batailler pour vous convaincre d'aller en bonne compagnie chez le roi de Prusse, Mme de Maufrigneuse en fut comme vous-même fort satisfaite. Les voyages ne forment pas que la jeunesse.
Cette terre est si petite qu'il faut la fouler de toutes parts et ne point se contenter du petit morceau d'horizon que l'on prend tout juste le temps de regarder.

J'ai toujours admiré les hirondelles, elles savent profiter de leur temps.

Donc ce soir là, j'étais invité à sa table où nous devisions sur un peu tout et rien dans ce superficiel que nous aimons tant comme prétexte à l'évaluation de l'autre, alors que comme souvent je ne tarissais point de récits de ce qu'il fallait faire pour que tout fut comme il faut. (je suis incorrigible mon cousin !) Elle me ridiculisa un peu lorsqu’elle me fit comprendre qu’un tango en ma compagnie serait le bienvenu !

C’est un peu crispé que je me sortis de ce bien mauvais pas. Il faut croire qu’elle était de fort bonne humeur car elle me dit que je dansais comme un vrai Argentin ! Je n’en crus pas un sol !
Heureusement, l’orchestre entama de ces valses lentes ainsi que quelques slows qui me permirent plus de décontraction, Ha, mon cousin ! Ces femmes du sud sont bien aguichantes, de plus, étant très jeune, elle avait la souplesse des ces lianes dont on se sert pour réaliser nos cordages si souples et si robustes.
J’en fus si ému, (nous étions depuis plus de deux semaines en mer mon cousin, deux semaines) que la demoiselle du sentir bien malgré moi justement …Mon émoi…Elle ne sembla point s’en offusquer me souriant avec la malice qu’ont les femmes lorsqu’elles sont bien disposées. Je regrettais la fin de cette série de danses langoureuses et nous retournâmes sagement nous asseoir pour continuer nos bavardages en continuant à tuer le temps.

J’ai poussé mon avantage (enfin je le suppose…) et la demoiselle m’a invité dans le ranch de son papa pour y découvrir son si beau pays. Je ne sais mon cousin, si le coût du voyage vaudra de faire ce périple, car les Amériques sont bien lointaines et l’Atlantique plutôt capricieux. Mais je garde dans mes précieuses notes son adresse et peut-être que d’ici mon retour prendrai-je une décision.

Elle me dit adorer monter et qu’elle a 3 beaux étalons noirs, vifs comme le vent d’hiver !
La bougresse me plaît bien avec son regard de braise, mais je n’ose m’y aventurer car figurez-vous que l’autre jour, alors que nous croisions au large de la Cochinchine filant à presque 10 nœuds vent debout, elle m’invita dans sa cabine. Je devrais dire dans sa suite, car ma petite cabine n’a rien à voir avec son appartement flottant.

Tandis que nous échangions nos diverses expériences de la vie, elle me dit que malgré son très jeune âge elle n’avait pas peur des malfaisants et autres gigolos de tous poils et ouvrant le tiroir de sa table de nuit me montra un pistolet qu’elle arma de main de maître et dont elle fit partir un coup par le hublot de sa cabine… Tuant net une mouette à plus de 10 encablures !
Elle me fit un regard malicieux et me dit : Chez moi il faut zavoir tirer dans lé Pampa ! Il y a des méssants cougardé ! Avec un fort accent sud américain et puis d’un geste vif elle le rangea en me disant : Pedro lé nettoiera, zé lé verrai domain... J’approuvai en silence mais me dit qu’il valait mieux être son ami mon cousin ! Pourtant, elle paraît si frêle et si fragile. J’en suis resté un peu interdit.

Mais, les affaires d’abord n’est ce pas ? Aussi me suis-je contenté d’acquiescer en hochant de la tête.
Je vous le dis Eugène, les femmes ne sont plus tout à fait ce que nous croyons. L’on vit dangereusement sans même le savoir !

Je pensais aux mécaniciens en bas, dans la cale, et lorsque je les rencontrerai ces surhommes lors de notre prochaine escale, il faudra bien que je les félicite pour leur courage. Leur vie n'est point facile sous ces latitudes tropicales.

Chang-Hai fut en vue cinq jours après notre entrée en mer de Chine... Là, mon cousin, j'ai reçu le choc de ma vie ! Je n'ai RIEN reconnu. J'avais laissé ce port avec ses jolies jonques paresseuses, se traînant au gré du vent le long des côtes déchiquetées de ces contrées sauvages.
Dans le port, des cris de toutes parts venant de ces petites barques à fond plat où godillant, l'on vous apportait force repas et... Bien d'autres choses dont je vous entretenais en aparté tout juste la veille de mon départ !
C'est bien fini mon cher Rastignac et je pense pour longtemps ! Tout d'abord, j'ai cru rêver, mais non!
J'étais bien réveillé. Notre vapeur est pourtant grand et beau, mais ils ont les mêmes à présent... En 5 fois plus gros ! L'un d'eux à l'ancre au large, me parut si gigantesque qu'il me boucha la vue du port pendant près d'une minute, or, nous filions encore à 9 nœuds !

Son ombre portée et sa hauteur m'impressionna, un vrai géant ! Il parait qu'il fut fabriqué un peu plus au Nord dans le golfe de Lui-Ta en Corée. Il va repartir très bientôt vers la mer d'OMAN chez les barbaresques qui l'utilisent pour livrer leur huile lampante si pratique pour nos lanternes et nos calèches sans chevaux dans le reste du monde.
Mais mon cousin quelle frayeur ! Jamais je n'aurais cru que ces petits hommes jaunes si frêles et si chétifs pouvaient construire de tels mastodontes.
Nous débarquâmes vers 14 heures avec force bagages pour certains. Je ne reconnus pas grand chose de mon dernier voyage et en fut tout ennuyé, cherchant mes repères mais ne les trouvant point.
La vie change mon cousin, la vie change... Cette lettre étant la dernière avant mon retour, j'espère qu'elle vous arrivera entière... Ici, point de poste Royale ! Juste une organisation grouillante qui ramasse en courant d’hôtels en hôtels tous nos plis et nos colis ! Ils courent sous une chaleur étouffante en riant, leur petit sac de toile pendant à l'épaule !
Quel monde étrange, hier, l'un d'eux que je connais un peu à présent, (car voici 10 jours que je le vois venir chercher et nous apporter son labeur) arborait un magnifique brassard jaune sur son bras musclé et bronzé par ce soleil qui ici, ne se fatigue jamais. Dans cette langue bientôt universelle de la perfide Albion, je lui demandai pourquoi il avait cet ornement : "I am in strike!" me répondit-il. Effaré, je croyais mal comprendre, mais il me confirma non sans mal que chez lui, le client était ROI et que l’otage était le patron. Jamais le client, car c'était l'argent du client qui le faisait vivre, pas celui du patron et qu'il confiait au patron le soin d'organiser la distribution de la richesse des clients. Mais si cette distribution n'était point équitable, le client ne devait pas en être rendu responsable. Puis avec un grand sourire me laissant entrevoir un peu d'Or dans cette bouche éclatante, il s'excusa et disparut tout à sa tâche... Drôle de gréviste !
J'en restais pantois, moi qui m'inquiète dans notre doulce France chaque semaine de ne point recevoir de vos nouvelles au moindre remous, afin de pouvoir vous lire bien au repos et me régaler de vos histoires à la cour du roi.

Voltaire et sa révolte ont laissé de bien mauvaises habitudes dans nos esprits chagrins et je m'en vais dès mon retour, étudier ce Confucius qui les rend si sages en apparence !
Ha ! Mon cousin, ce port de Chang-Haï a vraiment changé Les petites pagodes de bois, frêles et misérables ont laissé la place à des d'étranges constructions parées de verre comme dans cette nouvelle Angleterre... Que d'étages mon cousin, Que d'étages !

A Paris, lorsque l'on en compte 10 c'est exceptionnel, ici, 20 et même parfois plus est chose courante.
Dans les rues, tout n'est que contraste, Ils ont d’étranges engins de locomotion. L'on croise des personnes juchées sur ces vélocipèdes à moteur d'essence de pétrole qui viennent tous d'un grand archipel tout proche appelé Japon.

Ils glissent en silence par milliers dans les rues donnant sur le port. Je vous en ai acheté un qui, je crois vous étonnera et vous rendra grand service dans votre vie de tous les jours.
Vous trouverez votre chaise à porteur bien désuète et vos laquais en seront bien aise car j'ai cru voir que votre gourmandise pour ces sucres de Candi outre de fortes rages de dents fort peu agréables, vous ont fait prendre quelques livres mon cousin ! D’ailleurs, Madame de Maufrigneuse, en plaisantant juste avant mon départ, me glissa à l'oreille qu'outre cette porcelaine qu'elle aimait tant, elle espérait que je vous rapporte l'un de ces breuvages savants qui vous feraient perdre cet embonpoint qui vous prive des magnifiques livrées de gala qu'elle vous a choisit à Vienne lorsque vous allâtes écouter ce si beau concert qu'elle en est si nostalgique et vous presse de réitérer l'aventure... Je ne sais si c'est pour cette musique ou celle de votre instrument, mais lorsqu'elle en parle, ses yeux brillent d'étrange façon mon cousin !

De somptueux carrosses sillonnent ça et là les rues multicolores. Ces exotiques adorent les enseignes lumineuses et pour moi ce n’est que féerie et conte des milles et une nuit. Dans le passé, je me souviens que Louis Renault avait vendu quelques carrosses là bas, ainsi que son ami Berliet pour les transports d'agrumes.
A présent c'est fini, leurs vestiges pourrissent ça et là, abandonnés depuis des lustres dans leurs campagnes reculées. Ces nouveaux carrosses sont aussi pour la plupart fabriqués dans ces usines géantes de ce Japon dont les produits manufacturés sont omniprésents à Chang-Hai.

Avant-hier, j'en ai loué une, pour plus de commodité, avec chauffeur car ils ont de bien mauvaises routes dès lors que l'on sort de la grande ville et j'avais peur de ne point trouver mon chemin, leur écriture sur ces panneaux est si étrange...
A peine installé, je fus surpris car malgré la chaleur ici bas, toutes les vitres étaient fermées et je voulus ouvrir afin de prendre un peu l'air. Mon coolie me fit signe de n'en rien faire et pressa sur une touche de ce carrosse. Aussitôt, en quelques instants, une douce fraîcheur envahit l'habitacle. Arrivé à nos comptoirs, j'ouvris la porte du carrosse... Las ! Je crus défaillir sous la chaleur de l'endroit.

Je suis sur que notre Monarque ne connaît point tel confort devenu banal chez ces exotiques !
Décidément Eugène, au risque de me répéter, je suis fort surpris de tant de modernité en si peu d'années.
Ma visite ne fut pas inutile car nos gens étaient fort inquiets. Ils voyaient tous ces capitaines d'industrie de la nouvelle Angleterre venir chercher fortune et ne nous voyaient jamais nous inquiéter de leur sort.
Ils pensaient déjà finir dans l'oubli total tout comme ces colonies de Pondichéry où quelques milliers de François livrés à eux-mêmes, vont bientôt disparaître, absorbés par le nombre de ces indiens, pardon, de ces hindous puisque s'étant trompé de continent ce grand navigateur ayant baptisé les amérindiens "indiens" puisqu'il se croyait aux Indes nous dûmes modifier ce nom. Bien sur, vous qui ne bougez jamais de votre univers figé, je vous tourne un peu la tête avec mes récits de voyage mais lorsque je vous rendrai visite, je vous expliquerai tout cela avec force détail et vous mettrez de l'ordre dans tout cela mon cousin, nous le ferons dans votre véranda où nous pourrons fumer un peu de ce pavot que je ne manquerai pas de vous ramener et qui soulage tant les douleurs de votre pauvre mère qu’aucun de ces médecins diplômés suffisants ne sait soulager vraiment.

J'ai fait expédier de cette porcelaine de Chine si fine que nos épouses se pâment de plaisir devant leurs services à thé et j'espère que ce négoce me rapportera quelques ducats d'or, car leurs prix ici sont à vrai dire presque ridicules, mais il faut en acheter de très grosses quantités. Peu importe, à ce prix, tout partira bien vite. Au diable l'avarice !
Mon ami Germain, de Paris qui tient La Samaritaine et les Galeries Farfouillettes va être très content de l’aubaine pour ses ventes de Noël ! Il va encore pour me remercier me traîner dans des endroits mal famés où il aime s’encanailler. Le bougre me gavera de homard comme un chapon fin ! C’est le revers de la médaille du marchand mon cousin, vous ne connaissez point votre chance. Être obligé de refaire sa garde robe tous les deux ans n’est point une sinécure et moi qui adore plaire, je n’ose plus croiser les glaces qu’à la nuit tombée.

J’ai aussi acheté en grande quantité de ces lotions magiques destinées à rendre plus agréable l’aspect de tous nos congénères ayant un peu perdu leurs cheveux. Ces chinois ne connaissent presque pas ce drame que nous vivons tous en silence et si leurs bienfaits sont loin d’être prouvés, le rêve apporté chez chacun grâce à cette magie compensera bien mes frais ! Certes ce n’est point trop sérieux, vous me l’avez déjà écrit. Mais je ne puis résister à m’en disperser chaque matin, guettant la reprise magique de ce qui faisait la force d’Hercule.
Vous savez bien comme sont nos femmes et leur vision de l’homme idéal pour vous en être plaint vous-même moulte fois dans nos interminables discussions philosophiques

Dans la semaine passée, j'ai assisté à quelques conférences et manifestations commerciales. Je fus encore étonné mon cousin, fort étonné au risque de me répéter un peu.
Mon père m'avait toujours expliqué qu'en matière de commerce comme de manufactures, seuls les blancs avaient la connaissance et qu'il ne fallait pas s’embarrasser de ce que ces exotiques pensaient...
A présent, s'il revenait en ce bas monde, il serait effaré lui aussi et fort surpris !
J'ai assisté en direct à une conférence sur le multimédia, cette nouvelle mode d'information réalisée par un grand capitaine d'industrie exotique local devant un parterre d'hommes blancs, venus apprendre religieusement de quoi serait fait... Demain.

J'en restais bouche bée, le monde change mon cousin c'est sûr, il change vraiment et à nouveau j'en suis tout retourné et... Fort inquiet. Pensez mon cher Eugène, que ce capitaine d'industrie, cet indigène comme nous disons chez nous, a bien connu mon père et m'a vu en culottes courtes courir et jouant au cerf-volant dont la mode s'exporta si bien sur l'esplanade juste avant le grand bassin de notre jardin du Luxembourg de Paris où les vieux barons de vos connaissances discutent sans cesse de ces lois nouvelles qui polluent notre vie de tous les jours faute d'application réelle rationnelle. Mais ils adorent se réunir et parler du sexe des anges... A leur âge, il n'y a plus que cela hélas pour les tenir éveillés et encore ! Après un bon repas, ils somnolent bien souvent mon cousin !

Je me présentai donc à lui et nous prîmes rendez-vous pour le lendemain matin.
Son bureau est somptueux, au 16ème étage et en plein centre ville. Son chauffeur vint me chercher à mon Hôtel vers 9 heures avec une de ces splendides limousines rafraîchissantes dans laquelle l'une de ces étranges lucarnes en couleur était installée à l'arrière.
Subjugué, j'admirais tout ce luxe avec perplexité et même agacement ce qui n'est guère mon habitude.

Je fus reçu avec tous les égards dus à mon père je pense, puis, l'homme arriva souriant et fort aimable, légèrement courbé vers l'avant.
Il me demanda ce que j'étais venu faire dans sa lointaine patrie, puis, après bien des souvenirs évoqués, me demanda si je voulais faire fortune et pour toujours... Je restai interdit, ne sachant quoi répondre.
Il me parla de vous, enfin de tous ces pauvres gens qui se battent sans cesse afin de voir imprimé ce qui dès hier ne pouvait attendre demain !
Je lui expliquai que des Amériques du Grand Mamouchi, nous étaient venues de bien belles machines qui permettaient vitesse et précipitation sans trop de dommages et avec tellement moins d'ouvriers que s'en était misère de travailler encore à l'encre et au marbre !
Il m'écoutait en souriant, comme seuls savent le faire ces asiatiques que l'on ne peut point pénétrer du regard. Puis, il sortit une bizarre machine rectangulaire toute noire avec des petits disques de cristal dont il saisit l'un d'eux par la tranche et l'introduisit dans la machine.

Il se fit apporter sur une table, l'une de ces étranges lucarnes que l'on voit à présent partout et dans tous les pays même les plus reculés. Il pressa sur une manette et la lucarne s'illumina pour faire apparaître, le sommaire d'une gazette de la cour agrémenté d'une musique fort agréable.
Il posa son doigt sur l'écran, en face d'un sommaire d'actualité et je vis, effaré, l'article s'afficher et... Le personnage bouger nous lisant son discours... En chinois ! Or, je reconnus le ministre principal du Monarque et savais qu'il ne parlait pas cette langue exotique bien que prononcée par près de 2 milliards d'individus.
Ce n'était pas du cantonais, parlé uniquement dans cette province de Hong Kong ou je dois me rendre bientôt, mais bien du Chinois de Chang-Hai

Mon interlocuteur s'excusa, pressa sur un autre bouton et je revis le même personnage parler notre langue.
Il s'agissait d'un discours où justement il était question de poubelles et de travail dans le métro auquel je ne comprenais rien mais ce que j'ai vu c'est qu'il n'était pas content du tout !
Mon petit Chinois m'informa qu'avec cette machine merveilleuse, il n'était plus nécessaire de détruire les forêts ni de se salir les mains pour imprimer du papier qui jaunirait tôt ou tard.
Il me montra un grand parapluie retourné vers les airs. Il m'expliqua que grâce à cette machine, et bien sur à tous ces étranges vaisseaux volants artificiels que le Grand Mamouchi installait à l'entoure de ce qui était notre monde, afin de bien le surveiller, nous pouvions aussi communiquer à la vitesse de l'éclair sans crachotement ni autres inconvénients.

Je savais que cela existait depuis peu, et fonctionnait plutôt bien. Puisque mon cousin, vous m'aviez rapporté que lors de notre assistance bien superflue au Grand Mamouchi dans sa guerre contre le grand Calife de Bagdad, notre ministre de la guerre du moment, un certain Chevillant avait reçu son général en chef en grand secret dans son petit bureau afin de n'éveiller ni soupçon ni effroi à la cour.

Vous m'aviez rapporté que les forces du Calife étaient si importantes et ses nouvelles frontières si bien défendues, que même le Grand Mamouchi n'osait y lancer ses guerriers, de peur que l'hécatombe des ses valeureux soldats lui porte quelque ombrage. Le Grand Mamouchi, grâce à ces vaisseaux volants voyait tout, même la nuit.

Il décida de ne point livrer bataille, mais d’asphyxier le Calife en cassant ses si beaux palais et en détruisant depuis les airs tout ce qui vivait. Hommes, femmes enfants, bétail et cultures, ponts et chaussées. Afin d'anéantir complètement le pouvoir du Calife. Il n'avait pas le choix disait-il car il lui fallait cette huile lampante à tout prix. Justement, pour pouvoir lancer ces énormes machines à écraser les plus faibles qui n'osent point bouger. Le ministre lui répondit que ce n'était point possible puisque ces étranges lucarnes rapportaient tout à l'instant présent et cela au yeux du monde entier.

Le général lui dit en souriant : Mais monsieur, ils ne passent que des images aériennes du Calife défendant ses villes, vous n'y voyez que préparatifs et points lumineux, pas un corps brûlé, pas un soldat la tête baignant dans son sang ! Vous n'y voyez pas non plus les centaines de milliers d'enfants brûlés vifs sous les bombes. Quant à ces femmes chassées sur les routes n’ayant plus ni gaz ni électricité dans leurs appartements, elles meurent de faim et de misère depuis les trois mois que l’on cogne avec tout ce que nous avons de plus dur ! Vous ne voyez que quelques pans de murs calcinés, quelques tôles de hangars froissés par le feu. Ne me dites pas que vous aussi, vous croyez à ces fadaises destinées au petit peuple qui, parce qu'il a son petit parchemin se croit fort bien instruit alors qu'il n'est que benêt si facile à manipuler, bien caressé dans le sens du poil tout en croyant s’informer.

Il avisa d'ailleurs son ministre que dès sa reconquête terminée, le Grand Mamouchi interdirait toute visite et sortie de ce pays pour au moins probablement quinze années afin que nul ne sache comment il faisait et gagnait la guerre.

Notre Chevillant fut horrifié de ces nouvelles, c'était un humaniste jacobin égaré au service des armées par le hasard des jeux de chaises de la politique de la cour de notre doulce France qui ressemble de plus en plus à ces républiques d'opérette de Monsieur Hoffman où tout le monde est beau et gentil. Il passa fort mauvaise nuit et se réveilla la sueur au front, prenant enfin conscience que ce monde n'était point du tout celui qu'il croyait être et dès le lendemain, sans autre explication, il présenta au Monarque et ceci en pleine bataille sa lettre de démission. Il n'eut pas d'état d'âme de laisser nos généraux en plein effort de bataille livrés à qui le voulait bien.

Ha! Mon cousin, lorsque j'y repense, je me demande bien jusqu'où notre si beau pays se regardera le nombril ! L’aïeul de notre Monarque perdit pourtant son territoire en seulement quelques jours et dû se sauver chez les barbaresques lors de notre dernière grande guerre dont on nous a rabattu les oreilles pendant près de 30 ans. Ceci n’a point suffit à nous faire comprendre dans quel monde réel nous vivons.
Mon cousin que notre nation est légère… Peut-être que nos femmes y sont pour quelque chose, mais ici, j’en doute un peu.

Enfin pour tout finir, cette étrange machine peut grâce à cette toile gigantesque, prélever une partie de ces informations que le Grand Mamouchi accepte de nous laisser voir et entendre en échange du silence de nos généraux d'armée qui tempêtent et protestent auprès de nos roitelets d’Europe pour en avoir eux aussi de semblables en exclusif usage. Ceux-ci restent impavides et dépassés par toute cette modernité si coûteuse qu'ils utilisent mais dont ils ne comprennent rien.

Un peu comme dans cette Afrique d'après les colonies ou la fée électricité rayonne... Tant que nos puissantes machines reçoivent pièces détachées.

Après, c'est la nuit noire et ses démons retrouvés. Cette peur si naturelle du temps qu'il faille au peuple pour s'arracher aux ténèbres de leurs racines naturelles. Nous en avons déjà longuement philosophé et vous ne me comprenez guère n'ayant point tout comme moi vécu avec ces exotiques si différents de nous.
Dans ces années soixante, alors qu'ils mangeaient quelques colons après avoir violé leurs femmes pour enfin un peu se divertir et se réveiller d'un sommeil si profond dont nous profitâmes bien. Vous savez, dans ce Congo que l'on croyait Belge et qui s’appela un temps Zaïre… Je me souviens en soixante-huit nous courions rue Gay Lussac dans la capitale en criant : Mort aux bourgeois et vous étiez persuadé que la modernité et le savoir allaient bien vite les faire changer. Que nenni Eugène, vous ne verrez pas cela de votre vivant. La nature aime les expériences et a horreur de l'uniformité.
Elle aime prendre son temps, elle n'est pas comme nous, toujours pressés. Je vous conterai un jour mon histoire de cette Afrique. Elle vous dérangera mon cousin comme souvent et nous croiserons les mots, certain d'avoir raison l'un et l'autre comme d'habitude.

Je m'en délecte un peu trop à mon goût car je sais les armes inégales. J'ai la nature avec moi et vous désirez justement la changer. Vous ne pouvez que perdre. Au risque de vous étonner, cela m'agace un peu. J'aimerais tant pour une fois, une fois seulement être beau, beau et c... à la fois. Hélas, il n'en est pas ainsi, Gardez votre calme et pensez à l'apoplexie. D’autant plus que de tels efforts pour changer ce monde risque bien de vous vider de toute votre énergie en pure perte.

Vous qui nagez peu, je vous ai pourtant expliqué qu'il ne fallait jamais nager à contre courant, que s'en était ridicule et qu'on avançait point. Il faut biaiser mon cousin il faut biaiser, le reste n'est que chimères insaisissables et coûteuses.
Nous aurons, j'en suis convaincu, bien des occasions d'en deviser encore et toujours.
Vous savez que je ne suis point avare de paroles et en bon commerçant, essaye au moins d'en être à mon avantage. Ce qui vous agace un peu j'en conviens.

Donc et enfin pour revenir à ma découverte, grâce à cette machine, l'on peut presque tout savoir et rien ne peut être perdu. Toutes les informations du monde sont stockées et bien rangées et qu'il ne reste plus qu'à faire le tri des paroles, des images. Il m'expliqua que tout ce qui était reçu en 7 jours tenait dans le creux de la main, sur ce drôle disque de cristal !

Médusé et incrédule, je rentrai à mon Hôtel et décidai de vous écrire, car il est évident que cette machine diabolique va encore sonner le glas de bien des métiers.

La poste royale n'aura plus d'ouvrage car ces disques de verre incassable peuvent se graver durant votre absence à votre domicile si vous avez un abonnement, ceci grâce à deux fils de fer tordus près de votre maison ! Ou d'un de ces étranges parapluies dirigés vers le ciel !
De plus, si un article vous chante, si une image vous plaît, une pression sur un petit bouton rouge vous donne une image réelle sur beau papier glacé !

Mon cousin je suis triste, car j'ai vu la machine fonctionner et je pense qu'ici encore, bien de la misère va découler de cette merveilleuse invention. Ceux qui vont l'avoir seront immensément riches. Ceux qui ne l'auront pas resteront miséreux.
Ce monde d’Asie mon cousin court si vite ! Il veut tout, très vite. Aidé en cela par tous ces capitaux qui tel notre capitaine, courent se déverser dans leurs banques afin de rapporter toutes ces machines étranges qui nous font tant défaut !

De plus, leurs fabriques sont géantes et restent ouvertes jour et nuit, produisant sans relâche tout ce que l'humanité désire s'approprier à bon compte croit-elle...
Je suis bien effaré mon cousin car voici à peine 8 ans j'y négociais de ce très beau tissu de soie lamé avec de belles broderies tant convoitées par nos cocottes pour leur vie nocturne dans nos capitales, et aussi ces feuilles de thé que je revendais à nos amis Anglais si friands de ce breuvage et de notre bon vin de Bordeaux en échange de cet acier fin qui fit la fortune de mon père grâce à la coutellerie de Tiers qui en était très gourmande.
Mais à présent, je ne sais que faire ! Ils ont TOUT ! Vraiment TOUT et dans leurs "Shows Room", le monde entier se presse avec ces écus d'Amérique qui vraiment à présent valent plus que mon Or !
Je n'y comprends plus rien mon cousin, et je pense n'être pas le seul.
Ce monde m'a captivé, émerveillé, à présent que je m'y suis habitué, il me fait peur car il est devenu dangereux.

Notre Monarque est allé depuis peu aux deux Amériques pour défendre sa monnaie. Il serait bien inspiré d'aller en mer de Chine voir tous ces nouveaux seigneurs afin de les calmer et de leur faire entendre raison. Mais ce sera rude tâche, ils sont si nombreux mon cousin, si nombreux. Chaque femme avait 5 enfants au moins, cela faisait des bras pour la culture du riz et espérer s'enrichir.
Si bien que leur Empereur crachant, un certain Tensia ho pin je crois, leur a interdit d'en avoir plus d'un seul pendant 20 ans ! La punition est sévère pour qui transgresse cette règle. Ils n'avaient pas le choix, à moins de guerroyer et tout envahir.

Tout ceci me tourne la tête et ici, l'argent coule à flot. Cela se voit partout où l'on peut poser les yeux.
Le peuple est bien jeune, docile et travailleur. Notre comptoir de Chang- Haï va se développer avec ce nouveau négoce de cette Afrique australe et de cet étrange pays immense dont on ne parle point encore en Europe et où des bêtes bizarres sautent partout en vous regardant marcher debout... Comme elles.

Ils ne sont point encore puissants, mais petit à petit leurs colonies de forçats venus d'Angleterre et aussi un peu d'Europe se reproduisent bien et sur tout le territoire. Les bateaux de femmes de mauvaise vie dont nous nous nous sommes débarrassées les ont bien aidés en ces temps et chacune eu bonne progéniture, mais mauvais sang sait parler ! Tout comme dans ces Amériques, ce n'est que violence et brutalité.

Déjà, nous avons fort à faire avec leurs compagnies qui n'hésitent plus à nous concurrencer et désirent rayonner dans tout le sud du pacifique sans partage, usant de force ruses pour arriver à leurs fins !
Armant les Papous de notre Calédonie si riche en Nickel tant convoité et les incitant à brûler nos comptoirs afin de mieux les asservir.
Que nous sommes loin de tout cela mon cousin, s’en est affligeant.
Nous aurions du travail pour Mille ans, si notre Monarque avait su voyager vraiment.
Le petit peuple prendrait l'air et vivrait l'aventure au lieu de vivre entassé dans ses mouroirs de béton, sa police dépassée courant après les empoisonneurs, et chassant ces pauvres filles vendant leurs fesses pour juste quelques sols afin de croire pouvoir exister autrement que par la charité de Rémi.
Quel gâchis mon cousin quel gâchis !

Voilà mon cousin ce que j'ai vu là bas. Je me dis que les intrigues de la cour du Roi de France ou de ses ministres sont fort dérisoires en ces temps barbares. Quant aux jacobins si bien pensants sur ce qu'ils croient qu'est le monde et ses valeurs universelles s’ils allaient vraiment voir ce qui s’y passe et ce que nos enfants risquent d’en subir, ils iraient se cacher tout comme ce Troski affolé de ce qu’il avait mis en place dans son empire éclaté.
Je me dis aussi qu'heureusement notre Monarque en homme fort avisé, vient de décider de doter son armée royale de nouvelles arquebuses et de ce pot détonnant qui sans bruit ni saccage va, par son rayonnement, occire tout ce qui vit ou aurait des désirs belliqueux envers notre beau pays.
Lorsque l'on voit ce que j'ai découvert, l'on ne peut lui donner tort, car avec ses gens là, il vaut mieux inspirer respect que pitié.

Je me disais qu'aussi bien si les voyages forment la jeunesse, d'avoir trop étudié dans leurs livres obsolètes, bien de nos ministres issus de cette grande école que Napoléon le premier créa pour le service de la France seraient bien inspirés de faire pareil voyage... Leurs notes en souffriraient un peu, mais leurs résultats dans leur service auprès du Monarque seraient fort appréciés du petit peuple qui attends et ne voit rien venir !
A part comme vous me l'annonciez en catimini mon cousin, encore un surcoût d'impôts qui pensent-ils, vont nous permettre redressement spectaculaire et richesse retrouvée !

Quelle erreur mon cousin, quelle erreur ! Tout ceci est bien triste. Le calme de la grande guerre lorsqu'elle fut terminée est bien fini mon cousin, Bien malin celui qui va deviner ce qui risque d'arriver ici ou là, car cela grouille de partout. Mais, si le grand Vizir de Bagdad, las de voir sa ville détruite sous un déluge de bombes dans l'indifférence générale a hissé son drapeau blanc et doit se résoudre à retourner au moyen âge pour que nous puissions continuer à pomper et voler cette précieuse huile noire que nous consommons sans compter mais que nous ne possédons pas. Il risque de n'en point être de même de ces va nu-pieds de Palestine qui ne savent plus où aller depuis que les adorateurs de l'étoile s'installent partout, créant force sauvages colonies !

Le Grand Mamouchi excelle dans cette délicate diplomatie, laissant durer les choses le plus longtemps possible afin que d'autres Califes comme celui de Bagdad ne puissent émerger et réclamer leur dû.
Comme je m'en étonnais auprès de l'un de nos consuls lors d'un repas fin où ils aiment à se montrer aux frais de notre république... Chez Maxime l'année dernière lors de mon voyage à Tokyo pour mes affaires, Il me regarda stupéfié et me fit comprendre que du vrai ou du faux il ne voulait rien savoir.
Le sexe des anges et la mémoire de notre révolution avait beaucoup plus d'importance. Ce n'est que la vie mon cousin ce n'est que cela. Le petit peuple croit savoir et bien penser puisqu'on l'a bien instruit, point trop n'en faut mon cher Eugène, point trop n'en faut !
Tout cela me préoccupe beaucoup mon cousin, et je vais dès mon retour bien profiter de mon temps avant qu'il ne soit trop tard.
J'espère ne vous avoir point trop dérangé par mes bavardages sans fin. Ceci est ma dernière grande missive, car de retour dans mon "bordelais" rien ne s'y passe ou presque. Quelques lignes d'amitié chaque mois suffiront amplement !

J'ai tout de même trouvé de cette huile rare et parfumée. Au moins une personne sera satisfaite de mon voyage. Ne parlez point de cette aventure du Venezuela à nos femmes, vous savez bien qu'elles ne peuvent ni comprendre ni accepter nos faiblesses…Bien masculines.
J'aurais encore bien des tracas pour pas grand chose et les faire souffrir pour quelque aventure légère m'a toujours peiné profondément. Elles sont parfois si fragiles et exclusives.

A bientôt mon cousin, et si vous partez en villégiature, reposez-vous bien, car ces mois qui arrivent vont être de fort intérêt. L'aube du troisième millénaire risque d'être fort décoiffant !
Nous en reparlerons car la cire est chaude, je me dépêche de cacheter l'enveloppe, le vapeur arrive à l'escale et je dois vite la porter au cocher montgolfier qui justement attend notre navire. Ensuite ma Vénézuélienne a accepté d'aller visiter la ville avec moi, elle veut louer deux destriers afgans dont notre capitaine lui a beaucoup parlé et monter à cheval car cela lui manque beaucoup. Pour ne pas passer pour un demeuré, j'ai accepté avec joie. (et un peu d'inquiétude!) D'autres aventures m'appellent... Que la vie est belle mon cousin, qu'elle est belle. Je vous raconterai, si je reçois de vos nouvelles lors de ma prochaine escale.
Votre cousin Horace. 1995... D'un autre temps bien sur.

C’est FINI !

Dominique: 1995 nouvelles d'un monde incertain.

FINI? Enfin pas sur! Conchita a fait découvrir à Horace de bien belles manières de monter a cheval et encore bien des merveilles de ce monde si grand dont la plupart d’entre nous ne voient qu’une petite part puis s’éteignent sans savoir vraiment s’ils ont vécus ou simplement existé. La suite si vous êtes sage…Je crois que vous l’êtes. Je me trompe rarement.





Nan! Vous l'avez pas été, donc pas de suite NA!
domi - 417343lui écrire blog Publié le 08/12/2005 à 18:28 supprimer cette contribution
Pour mieux piger la CHINE!
Ne lire que la fin!
1103900 Publié le 08/12/2005 à 18:52 supprimer cette contribution
oupss hyper long demain j'ai quelques heures de train ...j'vais l'imprimer et le lire

"J'adore le fouillis,comme la nature et ses forets,ou rien rangé et tout en harmonie"

1315197 Publié le 09/12/2005 à 12:56 supprimer cette contribution
Un bijou

Beaucoup de plaisir à le lire, savoureux drôle et parfois émouvant

En plus ca fourmille d'idée, un peu comme les lettres persannes
domi - 417343lui écrire blog Publié le 13/05/2010 à 19:07 supprimer cette contribution
Je l'ai retrouvé!

Merci Perle

Car l'original, j'ai changé de PC et je ne sais plus où il est
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